Lundi 26 octobre 2009
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A
lire les biographies d’artistes, comme celles d’écrivains d’ailleurs, il est un fait que si vous ne faites pas partie d’une sorte de club privé, groupe d’élite, gravitant autour d’une figure
reconnue comme telle, vous ne serez jamais un artiste. Les peintres furent longtemps les artisans d’un atelier. Sans atelier et sans apprentissage, pas de peintre. Soit. Mais l’arrivée de la
démocratie artistique, l’arrivée des écoles et des peintres indépendants, l’arrivée des couleurs en tubes, des chevalets portables permis l’émergence de tous les mouvements que nous connaissons
bien, Impressionnistes, Cubistes, Surréalistes, etc.
A
lire ces biographies nous constatons qu’ils se connaissent, qu’ils viennent plus ou moins des mêmes écoles, ou du même village. Ils travaillent ensemble – à Paris -, ils parlent ensemble, ils
refont l’art ensemble. Merveilleuse époque que celle du Bateau Lavoir.
Mais
sans laisser - passer, point de salut. Si vous n’étiez pas de la même garde, vous n’étiez pas un artiste. Même Van Gogh le mal connu de son époque fait partie de la secte.
Il
en est de même aujourd’hui, avec la bénédiction d’un ministère de la culture.
Dans
cette réalité communautaire il apparaît que les mouvements picturaux furent le fruit de travaux communs. Il apparaît surtout que chacun puisant à la source commune cherche « son »
style, et encore plus « un » style qui fasse révolution dans l’empire des arts. Sans doute est- ce une vérité et chacun de ces monstres sacrés a hardiment cherché à trouver le
truc qui
change la face du monde.
Cependant
cette vision peut sembler assez consumériste, très intéressé que cet être qui travaille heures après heures en quête de la perfection, non en son œuvre, (son essence) mais dans ce que représente
cette œuvre, porteur d’une nouvelle flamme.
Cette
position est assez réductrice, de ne voir l’artiste que sous cet angle « histoire de l’art », son rôle dans cette histoire et sa volonté d’y figurer. Je ne doute pas un seul instant que
toutes ces pensées ont habité les intéressés. Oui bien sûr chaque artiste rêve de vivre de son art, chacun serait honoré de marquer son siècle, mais cette envie suffit-elle à motiver le créateur,
faire qu’il puisse tout ou presque y sacrifier ?
Que
penser des autres, ceux qui n’habitent pas « Paris » ou ne traînent pas à New York, et ceux qui ne sortent pas des écoles des « Beaux Arts », et les femmes, tout aussi
talentueuses, mais dont on ne parle pas, et ceux qui n’ont que faire de l’histoire de l’art ? Quelle est cette énergie qui les pousse à peindre encore et toujours ? Oui sans aucun doute
je prêche pour ma paroisse, car je ne suis pas issue des Beaux - Arts de Paris, je n’ai jamais été à New York, je n’ai pas fréquenté les ateliers d’artistes parisiens et je ne suis pas connue,
pire j’habite la province …
Devant
le chevalet, attentive à mes tracés, je me regarde faire et je remarque vite que si j’essaie de faire autre chose que ce qui sied au plus profond de moi, j’éprouve une sorte de malaise. Il y a
comme un reflet, un écho entre ce que je trace et une image au sein de mon âme.
Cela
m’amène à penser que ce qui fait le style d’un artiste, son jeu de couleur, ses formes reconnaissables ce n’est pas forcement le travail et la volonté de trouver l’art qui changera la face du
monde, mais la réponse à quelque chose d’autre.
Picasso,
Magritte, Cézanne, auraient-ils pu peindre autre chose que ce à quoi ils aspiraient et qui parfois est bien différent de ce que la mode commande.
Leur
âme insatisfaite aurait-elle supporté une dérogation à ses attentes ? S’ils n’avaient pas répondu à cet appel auraient-ils été si fidèles à leur propre style ?
Ainsi
je me dis que certains d’entre eux, n’ont pas forcement couru après la renommée et la création, mais simplement répondu aux aspirations impérieuses d’un être dont l’énergie passe par la forme et
la couleur.
Il
semble que même à s’essayer à l’art « plastique » pour faire moderne, au classicisme pour faire « doué » on en revienne toujours au chant que laisse sourde nos plus profondes
vérités et c’est sur ce terrain que se rencontrent ceux qui frissonnent à la peinture et ceux qui la projettent.
Tant
mieux pour celui ou celle dont les pulsions impératives le porte à faire ce que le grand public attend, ou la mode demande, ce qui tombe juste dans l’air du temps car ils auront la sensation
d’être de ceux qui forgent le monde.
Tant
pis pour les autres qui restent sur le bord du chemin, mais ce n’est qu’une circonstance, car il se peut que la valeur de l’art avant d’être sur le marché, se love dans la sincérité de son
auteur.