Essais

Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 19:47

« Notre artiste s’est donc trouvé aux prises avec ce monde multiforme et, supposons le, s’y est à peu près retrouvé. Sans un bruit. Le voici suffisamment bien orienté et à même d’ordonner le flux des apparences et des expériences. Cette orientation dans les choses de la nature et de la vie, cet ordre avec ses embranchements et ses ramifications, je voudrais les comparer aux racines de l’arbre.

De cette région afflue vers l’artiste la sève qui le pénètre et qui pénètre ses yeux. L’artiste se trouve ainsi dans la situation du tronc.

Sous l’impression de ce courant qui l’assaille, il achemine dans l’œuvre les données de sa Vision.

Et comme tout le monde peut voir la ramure d’un arbre s’épanouir simultanément dans toutes les directions, de même en est-il de l’œuvre.

Il ne vient à l’idée de personne d’exiger d’un arbre qu’il forme ses branches sur le modèle de ses racines. Chacun convient que le haut, ne peut – être un simple reflet du bas. Il est évident qu’à des fonctions différentes s’exerçant dans des ordres différents doivent correspondre de sérieuses dissemblances.

Et c’est à l’artiste qu’on veut interdire de s’écarter de son modèle, alors que les nécessités plastiques l’y obligent déjà. Ses détracteurs, dans leur empressement sont allés jusqu’à le taxer d’impuissance et de falsification intentionnelle de la vérité, alors qu’l ne fait rien, à la place qui lui a été assignée dans le tronc, que recueillir ce qui monte  des profondeurs et le transmettre plus loin.

Ni serviteur, ni maître absolu, mais simplement intermédiaire.

L’artiste occupe ainsi une place bien modeste. Il ne revendique pas la beauté de la ramure, elle a seulement passé par lui. »

 

Théorie sur l’Art Moderne p 17 Paul Klee Edition Folio Essais

 

Par Ateliers du Sydhe - Publié dans : Essais
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Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /Oct /2009 20:53

La composition dans une œuvre d’art est primordiale (si peut –être primordiale une chose extraite par rapport aux autres, en l’occurrence ici, la matière, la couleur).

Il n’est pas courant de lire des réflexions sur l’importance de cette composition, sur son impact. On sait la reconnaître, la saluer, la regretter mais peu de fois on se penche sur la force de sa présence.

 

Il est certains cas où la composition, c'est-à-dire l’agencement des formes à l’intérieur d’un espace, semble absente. Je pense aux toiles de Pollock ou encore à toutes ces démonstrations de taches, gouttes et autres traces comme jetées « au hasard » sur une toile. Cependant si l’artiste doit passer outre l’idée de composition, il jette ses taches en dedans et en deçà de la toile, prenant la fond, le sol, le mur ou autre support de l’œuvre comme œuvre elle-même, et cela n’empêche pas le mouvement de se faire en osmose avec une forme, alors la composition est toujours là. Il y a une sorte de réflexion consciente ou pas, mais une recherche de quelque chose, donc une direction donnée, donc une composition.

 

Dans certaines peintures, dessins dit d’amateurs, qui ne semblent  pas forcement avoir fait l’étude savante de cet agencement mais juste une copie d’un joli paysage, il se trouve aussi et toujours une trace de cette composition, de cet agencement de la toile. La part copiée de la nature est une part qui interpelle, qui touche en soi, c’est elle qui induit la forme et la direction. La composition est induite dans la nature reproduite, c’est elle qui fait choisir cet angle et pas un autre.

 

C’est dans les plus belles œuvres de notre histoire de l’art une des plus grandes réussites, un des attraits les plus secrets, les plus inducteurs. Que ne restons – nous pas silencieux devant les rondes boucles des toiles de Raphaël, les angles blonds de Van Gogh, les flous tirés de Turner. Non il n’y a pas que la couleur, il n’y a pas que la matière. Il y a la forme et les tracés qu’elle engendre font glisser notre regard comme au plus profond de notre secrète humanité.

 

A quoi fait écho cette composition, qu’éveille t-elle, qu’évoque t-elle pour nous toucher si sensiblement et si profondément ?

 

Cet agencement des lignes et des formes qu’elle soit ronde, droite, courbe ou linéaire nous renverrait à une sensation première et primitive, en quelque sorte elle toucherait le plus archaïque de notre âme. Un élan, une volonté d’aller, une volonté de mouvement, une quête de rythme, en quelque sorte une pulsion de vivre. S’arque boutant dans un sens ou dans l’autre, il semble évident que plus la composition est porteuse de « sens » plus « ça marche ». C’est exactement comme si nous retrouvions le mouvement le plus sûr pour nous donner le bon élan, comme si nous allions chercher le « la » dans la danse du monde ; cela ressemble à une sorte de secret, la magie de l’art qui par un simple trait  peut éveiller notre esprit et nous faire entrevoir « autre chose ».

 

IL n’est pas certain que le rôle de l’art soit simplement de nous faire ressentir des émotions. Il se peut qu’il soit capable de toucher au plus intime de notre réalité, la source même, secrète et lointaine de notre essence vitale. Bien sûr certaines œuvres éveillent le sentiment, certaines se donnent le  rôle d’éveiller à une réalité contemporaine, démonstration d’un ici et maintenant, témoin d’un époque, révélateur …. Mais certaines œuvres vont plus loin et semblent pouvoir à travers une imagerie fort simple nous laisser pantois, comme hypnotisé, amoureux, dans un désir de fusion intense.

 

Les racines archaïques des mots, sons et vibrations qui portent les mots, permettraient à nos inconscientes de comprendre instantanément le sens profond de ce que nous voulons dire, au-delà de la pensée et de l’intellect qui en reçoivent l’enrobage linguistique.

Ainsi pourrait en être la forme des compositions qui au-delà de l’objet représenté, peut jusqu’à l’abstraction ultime nous émouvoir plus loin que le sentiment. La forme pourrait faire écho d’un trait premier ornant les grottes rupestres de nos mémoires. Il suffirait alors qu’elle épouse le souvenir parfait des danses qui modèlent le monde, la couronne fleurie qui génère la vie pour nous hanter, délicieusement.

 

 

Par Ateliers du Sydhe - Publié dans : Essais
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Lundi 26 octobre 2009 1 26 /10 /Oct /2009 08:05

A lire les biographies d’artistes, comme celles d’écrivains d’ailleurs, il est un fait que si vous ne faites pas partie d’une sorte de club privé, groupe d’élite, gravitant autour d’une figure reconnue comme telle, vous ne serez jamais un artiste. Les peintres furent longtemps les artisans d’un atelier. Sans atelier et sans apprentissage, pas de peintre. Soit. Mais l’arrivée de la démocratie artistique, l’arrivée des écoles et des peintres indépendants, l’arrivée des couleurs en tubes, des chevalets portables permis l’émergence de tous les mouvements que nous connaissons bien, Impressionnistes, Cubistes, Surréalistes, etc.

A lire ces biographies nous constatons qu’ils se connaissent, qu’ils viennent plus ou moins des mêmes écoles, ou du même village. Ils travaillent ensemble – à Paris -, ils parlent ensemble, ils refont l’art ensemble. Merveilleuse époque que celle du Bateau Lavoir.

Mais sans laisser - passer, point de salut. Si vous n’étiez pas de la même garde, vous n’étiez pas un artiste. Même Van Gogh le mal connu de son époque fait partie de la secte.

Il en est de même aujourd’hui, avec la bénédiction d’un ministère de la culture.

Dans cette réalité communautaire il apparaît que les mouvements picturaux furent le fruit de travaux communs. Il apparaît surtout que chacun puisant à la source commune cherche « son » style, et encore plus « un » style qui fasse révolution dans l’empire des arts. Sans doute est- ce une vérité et chacun de ces monstres sacrés a hardiment cherché à trouver le truc qui change la face du monde.

Cependant cette vision peut sembler assez consumériste, très intéressé que cet être qui travaille heures après heures en quête de la perfection, non en son œuvre, (son essence) mais dans ce que représente cette œuvre, porteur d’une nouvelle flamme.

 

Cette position est assez réductrice, de ne voir l’artiste que sous cet angle « histoire de l’art », son rôle dans cette histoire et sa volonté d’y figurer. Je ne doute pas un seul instant que toutes ces pensées ont habité les intéressés. Oui bien sûr chaque artiste rêve de vivre de son art, chacun serait honoré de marquer son siècle, mais cette envie suffit-elle à motiver le créateur, faire qu’il puisse tout ou presque y sacrifier ?

Que penser des autres, ceux qui n’habitent pas « Paris » ou ne traînent pas à New York, et ceux qui ne sortent pas des écoles des « Beaux Arts », et les femmes, tout aussi talentueuses, mais dont on ne parle pas, et ceux qui n’ont que faire de l’histoire de l’art ? Quelle est cette énergie qui les pousse à peindre encore et toujours ? Oui sans aucun doute je prêche pour ma paroisse, car je ne suis pas issue des Beaux - Arts de Paris, je n’ai jamais été à New York, je n’ai pas fréquenté les ateliers d’artistes parisiens et je ne suis pas connue, pire j’habite la province …

 

Devant le chevalet, attentive à mes tracés, je me regarde faire et je remarque vite que si j’essaie de faire autre chose que ce qui sied au plus profond de moi, j’éprouve une sorte de malaise. Il y a comme un reflet, un écho entre ce que je trace et une image au sein de mon âme.

Cela m’amène à penser que ce qui fait le style d’un artiste, son jeu de couleur, ses formes reconnaissables ce n’est pas forcement le travail et la volonté de trouver l’art qui changera la face du monde, mais la réponse à quelque chose d’autre.

Picasso, Magritte, Cézanne, auraient-ils pu peindre autre chose que ce à quoi ils aspiraient et qui parfois est bien différent de ce que la mode commande.

Leur âme insatisfaite aurait-elle supporté une dérogation à ses attentes ? S’ils n’avaient pas répondu à cet appel auraient-ils été si fidèles à leur propre style ?

 

Ainsi je me dis que certains d’entre eux, n’ont pas forcement couru après la renommée et la création, mais simplement répondu aux aspirations impérieuses d’un être dont l’énergie passe par la forme et la couleur.

Il semble que même à s’essayer à l’art « plastique » pour faire moderne, au classicisme pour faire « doué » on en revienne toujours au chant que laisse sourde nos plus profondes vérités et c’est sur ce terrain que se rencontrent ceux qui frissonnent à la peinture et ceux qui la projettent.

 

Tant mieux pour celui ou celle dont les pulsions impératives le porte à faire ce que le grand public attend, ou la mode demande, ce qui tombe juste dans l’air du temps car ils auront la sensation d’être de ceux qui forgent le monde.

Tant pis pour les autres qui restent sur le bord du chemin, mais ce n’est qu’une circonstance, car il se peut que la valeur de l’art avant d’être sur le marché, se love dans la sincérité de son auteur.

 

Par Ateliers du Sydhe - Publié dans : Essais
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